L’écriture, un pas vers la connaissance de soi

Par Colette KHALAF | 08/11/2010
Belinda Ibrahim entre Éric Fottorino et Jean-Paul Enthoven.Belinda Ibrahim entre Éric Fottorino et Jean-Paul Enthoven.
Le Salon en livres et en rencontres – Sur le thème du sens, de la sensibilité et de l’immortalité, Belinda Ibrahim a, au cours d’un débat à l’Agora, essayé de trouver une plate-forme commune à l’œuvre d’Éric Fottorino et de Jean-Paul Enthoven.
Comment un travail littéraire peut-il être un pas pour mieux se connaître? Et comment les sujets de l’immortalité et du temps qui passe sont-ils évoqués dans les romans de ces deux auteurs? Des questions soulevées par Belinda Ibrahim qui précisera que, par le terme «sens», il s’agit des cinq sens, mais aussi de la direction de la vie.
C’est donc après une présentation résumée mais élaborée par l’animatrice de la rencontre que les deux intervenants aborderont ces thèmes. S’agissant d’Enthoven, Belinda Ibrahim dira: «Cet homme» foudroyé plusieurs fois par jour «vit pleinement la vie qu’il s’est choisie sans se laisser distraire par des fioritures. Critique littéraire, et auteur de quatre ouvrages, notamment Aurore en 2001 et Ce que nous avons eu de meilleur en 2008, l’épicurien-éclectique a fait du bonheur sa quête première. Même si on perçoit que sa préoccupation latente demeure le sujet du temps qui passe – ne dit-il pas dans son roman Aurore « À quel instant, au juste, franchit-on la ligne de démarcation qui sépare la fin de la jeunesse du reste de la vie?»
Éric Fottorino, lui, a plus d’une corde à son arc, mais tout est accordé au tempo de l’écriture. Écrivain et directeur du journal Le Monde, Fottorino vit ses livres et écrit sa vie. Il a publié son premier roman Rochelle en 1991. Depuis il enchaîne les travaux littéraires. Korsakov, son septième roman, a été récompensé par de deux prix. Il a également reçu le prix Femina 2007 pour Baisers de cinéma. Dans ses romans, on retrouve invariablement des personnages-clefs : le père adoptif à qui il a rendu un hommage bouleversant dans L’homme qui m’aimait tout bas, et le père biologique atteint d’une maladie incurable mais dont il essaye de prolonger la vie dans Questions à mon père.
La quête du moi
«Les occasions de se connaître soi-même dans la vie sont assez rares, affirme Enthoven. On peut se connaître au combat ou à travers de grandes expériences religieuses. Quant à moi, je me suis reconnu dans l’altérité et particulièrement dans les expériences amoureuses. Ce à quoi répond Belinda Ibrahim en se servant de la phrase d’André Breton: «L’amour, c’est quand on rencontre quelqu’un qui vous donne de vos nouvelles.» Pour Fottorino, c’est cette expérience du double père qui lui a permis, à travers l’écriture, de rembobiner le fil de son histoire car, dit-il, «les livres sont des horloges. Écrire, c’est donc gagner du temps et l’étirer.»
Ces propos rejoignent alors le thème de l’immortalité. Si donc pour le journaliste écrivain, le fait d’écrire un livre est un gage de survie, puisque la personne objet de l’ouvrage en question revivra à travers les regards des lecteurs – «aussi longtemps que j’avais des choses à lui demander, il ne pourrait mourir. J’ai voulu croire à la force des histoires. À la puissance des mots contre la mort», pour Jean-Paul Enthoven, le temps vécu n’est pas non plus chronologique. «Il y a une étape dans la vie où on aura connu presque la totalité des émotions et lu les livres les plus importants, et ce qui succède ne sera qu’une suite de répétitions», rétorque-t-il. «Certains ont la vie qui commence très tôt, d’autres vivront l’essentiel au moment de leur agonie.» Et d’ajouter: «Pour ma part, tant que mon passé m’apprend encore des choses, je suis encore vivant.»
«Cette sensibilité à fleur de peau, nous la retrouvons donc, dit Belinda Ibrahim, chez les deux auteurs, mais exprimés différemment.
Le temps qui passe ne pouvait aboutir qu’au sujet de l’immortalité qui sera à nouveau évoqué dans le débat: «Être immortel, c’est laisser à jamais des traces de son passage pour ne pas basculer dans l’oubli», dit Fottorino, tandis qu’Enthoven, qui essaye de dilater le temps, signalera que «l’avenir commence tout de suite. Ce n’est pas la mort qui me préoccupe, conclut-il, mais ces passions tristes entre les êtres qui sont pires que la mort».
Source: L’Orient Le Jour
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