De Gaulle, quarante ans après

Statue du Général de Gaulle

Image via Wikipedia

09/11/2010
Par Bahjat RIZK
Aujourd’hui, la France commémore le 40e anniversaire du décès du général de Gaulle (9 novembre 1970), qui précède de deux semaines le 120e anniversaire de sa naissance (22 novembre 1890).Cette même année, la France a célébré le 70e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 (fondateur de la nation française durant la Seconde Guerre mondiale).
Nul besoin de revenir sur le parcours du grand homme, que tout le monde connaît dans ses détails. Les dates commémoratives concernant la naissance et la mort (histoire individuelle), ainsi que l’acte fondateur qui fait entrer un homme dans l’histoire des hommes sont importants car ils lient le particulier au général et constituent un repère pour la mémoire collective et donc pour l’identité.
Certains hommes parviennent à incarner un relatif absolu quand ils parviennent, par l’interaction aboutie de leur potentiel et des circonstances, à faire coïncider leur devenir individuel avec le destin de la collectivité dont ils sont issus, à incarner ses valeurs culturelles et politiques, à renforcer ses aspirations légitimes, ou même conquérantes, et à ouvrir une nouvelle page dans l’histoire des événements et des idées. Ces individus jouent le rôle d’acteurs, de catalyseurs, de transmetteurs, de porteurs, de prophètes qui peuvent se transformer en cadres référentiels archétypaux (positifs) ou archaïques (négatifs). C’est l’image du père consolateur et réconfortant (lumineux) ou castrateur et vengeur (sombre). Parfois le même homme peut jouer tour à tour le rôle de la lumière (espoir et renaissance) et de l’obscurité (peur et mort). L’histoire est jalonnée de ces figures tutélaires de pouvoir qui peuvent, bien entendu, s’incarner autant dans des hommes que des femmes.
Au moment des crises existentielles ou des traumatismes violents de l’histoire, les circonstances favorisent l’émergence des figures extrêmes, et Charles de Gaulle se situe certainement dans cette galaxie car il intervient de manière radicale, à des moments cruciaux de l’histoire de France et du XXe siècle : la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), la guerre d’Algérie (décolonisation et démantèlement de l’empire français (1954-1962) et la révolution des mœurs en France et en Europe occidentale (1968).C’est comme si, pour l’exercice du pouvoir, certains hommes assuraient une continuité et une gestion au quotidien et d’autres intervenaient au niveau d’une action radicale, au nom d’un bouleversement qui les a portés et parfois qu’ils ont eux-mêmes provoqué (interaction).Cette puissance de la vie ou de la mort est certes présente dans la vie de chaque individu, mais elle se retrouve parfois décuplée chez certains individus qui portent leur collectivité au salut ou à la perte. Cette rencontre, providentielle ou fatale, de l’individu et du groupe nous semble souvent irrationnelle (car existentielle) mais nous sommes tenus de lui donner un sens a posteriori, selon l’évolution de l’histoire (sens de l’histoire), pour s’y référer fièrement (libération) ou la refouler honteusement (culpabilité).
Nous avons, au départ, une intuition des choses et une fois qu’elles sont advenues, nous essayons de les vérifier ou de les valider. Charles de Gaulle a eu, en son temps, une intuition fulgurante, un pressentiment et, quarante ans après, les hommes qui écrivent l’histoire continuent à lui donner tort ou raison.
Comment s’organise cette commémoration aujourd’hui au niveau de la programmation de la télévision publique française ?
Tout d’abord, nous avons eu une soirée thématique, une semaine avant (mardi 2 novembre), autour du général de Gaulle et de l’Algérie : un documentaire-fiction intitulé Je vous ai compris : de Gaulle (1958-1962), suivi d’un documentaire De Gaulle et l’Algérie, le prix du pouvoir. Ces deux documentaires datent de 2010.Une semaine après (lundi 8 novembre), il y a eu un documentaire intitulé De Gaulle : la dernière bataille, qui revient sur la période s’étalant sur les dix-huit derniers mois qui séparent la démission du général de son décès, suivi d’un débat intitulé « De Gaulle, quarante ans après », avec une participation active de plusieurs politiques, de différentes sensibilités et générations. Aujourd’hui 9 novembre, c’est au tour d’un magazine, intitulé De Gaulle président. Ce nouveau magazine se veut la première émission dédiée à l’histoire commune des Français. Les internautes peuvent revivre les années du mandat présidentiel du général de Gaulle grâce à des archives de l’INA ou bien à des vidéos, photos anciennes, anecdotes et témoignages.
Le but donc de tout cet exercice de commémoration est de rester fidèles émotionnellement à une mémoire collective, mais de l’appréhender également dans sa dimension critique et rationnelle, et surtout de la transmettre pédagogiquement et de l’adapter à une réalité actuelle, sociologique et générationnelle (interaction de l’histoire et de l’actualité) sans déformer l’histoire, mais en l’enrichissant de l’actualité.
La France dans la mondialisation est confrontée à une nouvelle interrogation, existentielle et identitaire. Le général de Gaulle a accompagné, avec plus ou moins de succès, son pays dans trois phases de son évolution, couvrant une guerre mondiale (partie de l’Europe), une guerre de décolonisation (partie du nord de l’Afrique) et un soulèvement, générationnel et idéologique (au sein même de la société française). Trois moments structurants d’une histoire collective qui ont préparé la France et le monde d’aujourd’hui (Europe nouvelle et mondialisation, avec conflit ou dialogue des cultures).
Entre, durant la même semaine et au niveau extérieur, la bataille de mi-mandat du président Obama aux États-Unis (puissance impériale et première puissance économique mondiale ) et la visite en France du président chinois (puissance émergente et deuxième puissance économique mondiale) et, au niveau intérieur, la réforme des retraites et les problèmes récurrents des banlieues, l’expérience fondatrice du général de Gaulle, dans ses différents aspects, continue à alimenter le débat, à enrichir la réflexion et à inspirer une action lucide, critique, clairvoyante et responsable.
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