Le Prix France-Liban à Nada Anid pour « Les très riches heures d’Antoine Naufal »

07/12/2012

Distinction Réuni sous la présidence de Jacques Chevrier et en présence de tous ses membres (l’ambassadeur Paul Blanc, les écrivains Vénus Khoury-Ghata, Carole Dagher, Gérard Khoury, l’attaché culturel près l’ambassade du Liban, Abdallah Naaman, l’attaché culturel près de la Délégation libanaise à l’Unesco, Bahjat Rizk, et l’ambassadeur Bassam Tourba), le jury du Prix France-Liban a décerné son prix pour l’année 2012 à l’ouvrage de Nada Anid, Les très riches heures d’Antoine Naufal – Un libraire à Beyrouth, paru aux éditions Calmann-Lévy.

Bien que le choix de cette année fut florissant, avec une palette d’ouvrages, romans ou essais, de grande tenue, l’histoire de cet amoureux du livre et combattant de la culture que fut Antoine Naufal – et de la mythique librairie beyrouthine devenue une véritable institution – est emblématique du lien culturel profond qui lie le Liban à la France. Le jury du Prix France-Liban couronne ainsi un pan d’histoire familiale qui débute à la fin du règne ottoman, traverse la période du mandat et celle de l’Indépendance, fait revivre le « balad », le cœur battant du Beyrouth d’antan, et rappelle combien la consolidation des relations franco-libanaises s’est faite autour du livre. Tout cela à travers l’histoire d’une librairie qui fut le passage obligé de l’intelligentsia libanaise (et française) des années 1950, 60 et 70. En fait, ce sont les très riches heures d’un âge d’or, puis de la résilience des Libanais durant la guerre (dont la famille Naufal à travers leur entreprise familiale), que raconte l’ouvrage bien documenté et bien écrit de Nada Anid. L’histoire d’un homme qui a donné son prénom à la première grande librairie libanaise se confond un peu aussi avec l’histoire de plusieurs générations de Libanais dont les souvenirs portent immanquablement, quelque part dans leurs replis, l’enseigne de la librairie Antoine. C’est donc la résistance culturelle d’un peuple, de son attachement à la France et de sa soif d’ouverture culturelle sur le monde, qui est également honorée.

C.D.

Source : L’Orient Le Jour

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Saïd Akl, poète francophone !

Par Rita KASSIS, 2012 – 07

Saïd AklAuteur de nombreux ouvrages en libanais et en arabe, Saïd Akl a aussi publié en français : L’Or est Poèmes et Sagesse de Phénicie, deux recueils poétiques étonnants où le poète, rétif aux contraintes et aux normes, jongle avec les mots, multiplie enjambements, ellipses et inversions, et (dé)construit ses strophes de manière libre et originale.

Chantre de l’amour, de la création et de la révolte, Saïd Akl s’exprime, dans la langue de Paul Valéry (« Valéry a exercé sur moi une attraction puissante. Il fut un maître du verbe ; il m’a surtout appris que la poésie implique l’univers », admet-il), comme dans sa langue maternelle, avec lyrisme et symbolisme, et manifeste ce même attachement à son origine phénicienne qui fonde son identité libanaise. Aussi s’emploie-t-il à respecter scrupuleusement les trois valeurs de l’esthétique : le Beau, le Vrai et le Bien.

Pour l’auteur, l’âme de l’homme s’unit à l’éternité de Dieu dans une fusion intellectuelle et spirituelle. On assiste là à l’osmose du poète, créateur de mots et de pensées, et de Dieu, créateur de l’univers : « Lui chante. Il est poète. Ah ! de Dieu donc, l’ami. » Sa nature intrinsèque de poète le rapproche davantage de Dieu et tisse des liens d’amitié, et même d’émulation, entre eux : « Être, pour quelque instant, émule de Ta main. » Cette relation intime, sublime et parfaite, suppose, pour Akl, que le Créateur, dans son Œuvre, fasse Lui-même acte de poésie :

(…) Et Dieu, pour écrire tes yeux

Les plus chers, les plus beaux, poète se révèle.

Dans le poème Ces trois, tiré du recueil L’Or est Poèmes, il définit ainsi l’acte de création : « Créer n’est point reformer cendre/ C’est faire que le rien ait chair. »

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Arabités numériques

Par Ziad Majed, 2012 – 11

Il y a dans les « arabités numériques » aujourd’hui une quête d’une nouvelle Nahda, Yves Gonzales

Depuis le début des révolutions arabes, des évaluations différentes ont été faites de l’impact du Web et des réseaux sociaux sur la mobilisation populaire et sa réussite. Les chiffres à l’appui, les défenseurs de la thèse d’un « printemps du Web » avancent l’idée selon laquelle la croissance phénoménale du nombre d’utilisateurs du Net dans le monde arabe a créé une nouvelle dynamique politique qui a permis à une nouvelle génération de s’exprimer, de se redéfinir, de s’organiser et de confronter les régimes en place. Les moins impressionnés par l’impact politique du « virtuel » considèrent qu’il est une arme à double tranchant car il est aussi bien maîtrisé par les services de renseignements des régimes que par les citoyens-internautes. Et dans le cas des révolutions, il a permis l’envoi de messages et d’images et la diffusion de l’information certes, mais uniquement au sein des groupes jeunes déjà acquis à la contestation. Il n’est donc pas l’arme fatale, selon eux, qui a mobilisé les centaines de milliers de personnes ayant manifesté dans les villes arabes.

Pour enrichir ce débat et approfondir la réflexion sur le Web et ses fonctions socioculturelles, sa relation avec la nouvelle génération dans le monde arabe et les opportunités qu’il présente, Yves Gonzales-Quijano élabore dans son livre Arabités numériques, le printemps du Web arabe une lecture captivante des différentes phases de l’évolution du « numérique » qui ont précédé les révolutions en 2011, de même que de son impact sur « le politique » dans la région.

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Un parfum de la révolte du jasmin sur les lettres arabes

Edgar DAVIDIAN | 28/11/2012

ROMANS ET AUTRES PARUTIONS Printemps arabe aussi dans le monde de la république des lettres arabes. Même si le résultat est loin d’être clair… Voilà des ouvrages qui, traversant le champ miné de sociétés gangrenées et de systèmes sclérosés, n’ont pas froid à la plume. Ils témoignent avec caractère et véhemence du sens et du besoin de changement. Aussi bien politique que sociétal.

Trois écrivains d’horizons absolument différents (de l’Algérie à la Syrie, en passant par l’Irak), au verbe audacieux et original, regardent de près, presque à la loupe et au microscope, les derniers chambardements. Sur leurs pages, révélant incohérence et sang du monde arabe, la littérature est parfaitement un reflet de la vie.

En devanture des librairies, des romans, des essais, des Mémoires, de la poésie, pour parler de ce vent de changement qui hante les pays de sable et de soleil. Dans ces frontières régies par des gouvernements autoritaires et despotiques, un vrai parfum dans le sillage de la révolte du jasmin.

Bien entendu, malgré les brèches opérées, pas toujours dans une atmosphère où la liberté est facilement acquise. Voilà donc une littérature de dénonciation, de contestation, de réflexion, de volonté de sortir du silence, du passé. Volonté de dépassement, de métamorphose. En toute liberté et pour la liberté.  Lire la suite

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Mythes communautaires

mardi, novembre 6, 2012 – Par Bahjat RIZK

La voiture file à vive allure. Je reprends la route pour m’étourdir et sillonner pour la énième fois les mêmes contrées, comme si j’étais condamné à revenir éternellement sur mes pas. Cette sensation persistante, héritée du Liban, de faire du surplace, de piétiner, d’être bloqué dans l’espace et le temps… Comment reprendre le cours des choses, déboucher sur une issue positive, voir le bout de cet interminable tunnel? Après avoir pensé que j’avais mis de la distance entre la guerre et moi, voilà que la voiture piégée sur les lieux de mon enfance m’a ramené trente années en arrière. Pourtant une génération s’était écoulée mais le traumatisme répété se vit éternellement au présent. La mémoire collective est si difficile à construire quand, au sein d’un même pays, nous entretenons des mythes communautaires disparates, voire antinomiques. La bombe d’Achrafieh s’était dans un premier temps confondue avec le mythe béchirien d’il y a trente ans, avant de rejoindre à l’examen des faits le mythe haririen d’il y a sept ans. Deux présidents foudroyés dont on commémore chaque année les dates de naissance (début novembre) et de mort. Des lieux consacrés autour de la colline d’Achrafieh (défendue par l’un) et du centre-ville (reconstruit par l’autre) et un fidèle lieutenant Wissam el-Hassan, enterré sur le même mausolée. Pendant que le parti de Dieu continue à entretenir dans la banlieue son propre mythe, inspiré de l’histoire de sa communauté, et d’exalter ses propres martyrs. Et que d’autres communautés s’accaparent la montagne, les villes côtières et la plaine. Un mois presque après la visite historique du deuxième pape qui visitait le Liban dans une ferveur transcommunautaire, le paysage redevenait apocalyptique et s’étalait dans toute la presse internationale et sur les écrans des télévisions mondiales. Comment reconstruire un pays qui ne s’est pas défini et qui ne s’affirme que dans le déni de ses fractures intérieures? Finalement, les communautés sont toujours là, pour le meilleur et pour le pire. Elles structurent et déstabilisent ce pays tour à tour. Peut-on passer du communautaire au national, et par quel subterfuge, afin que les citoyens se perçoivent à égalité et de manière identique? Peut-on affirmer la différence et l’identité en même temps? Les religions nous structurent ici-bas et dans l’au-delà. À défaut de certitudes, nous nous rassurons en nous niant les uns les autres, comme si l’après vie était un espace restreint et réservé. Comment sortir de cette logique qui nous rapproche puis nous sélectionne de manière subjective? Nous nous accrochons à nos symboles car l’au-delà nous demeure résolument inaccessible. Nous nous préparons à une issue dont nous ignorons objectivement tout. Ne sachant pas, nous présumons, nous pressentons, nous projetons. Et nous nous heurtons à l’image inamovible de la mort qui garde intacts tous ses secrets. Ce sacrifice continu qui dure depuis bientôt quatre décennies et qui fait que tous nos morts sont toujours en quête de sépulture. Nous ne parvenons toujours pas à nous partager la terre parce que ce qui vient après nous demeure irrémédiablement inconnu. Comment une humanité en quête de pérennité et d’absolu peut-elle se contenter une fois pour toutes d’être relative et mortelle? Pouvons-nous pour une fois commémorer nos défunts ensemble, afin que si la vie nous sépare, le mystère sacré de la mort puisse nous rassembler?

Bahjat RIZK. Source : L’Orient Le Jour

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Monologues intérieurs ou nouveaux dialogues ?

Par Nicole HAMOUCHE | vendredi, novembre 9, 2012

Les conférenciers lors de la rencontre au Salon du livre. Photo Michel Sayegh

Les conférenciers lors de la rencontre au Salon du livre. Photo Michel Sayegh

Un nouveau courant littéraire francophone à la croisée de la philosophie, de la poésie et du roman, initié par Jad Hatem, témoigne de la vigueur de la pensée libanaise et de son exigence.

«J’entends ici vos cris. Et la cohérence, et la construction? Que penserais-tu de moi si tu lisais mon journal, te moquerais-tu ? Et puis qu’importe, l’émotion des autres les concerne et chacun suit sa propre gamme.» Dans Monologues intérieurs, Bahjat Rizk a choisi de suivre la sienne après celle d’Hérodote – il est l’auteur des Paramètres d’Hérodote – après avoir «regardé partout et tout le monde (et s’être) identifié à chacun». Il est revenu à cet élan premier comme le narrateur du livre, qui dit les avoir souvent freinés, perdus en cours de route. Il est revenu à l’intériorité, à l’émotion première, qu’il a bien voulu partager avec ceux qui le liront, et aussi avec ceux qui l’ont écouté au Salon du livre dans le cadre de la conférence «Nouveaux horizons de la littérature libanaise francophone.»

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Hommage à Marie Louise Hélou-Lahoud (poète libanaise 1948-2011)

27/01/2011, par Bahjat RIZK

Marie Louise Hélou est décédée hier, d’un arrêt de cœur, comme elle a vécu : discrètement, doucement, avec le sourire fin, ineffable, et le regard intense, profond qui regarde au loin. Elle a rejoint cette éternité parfaite dont elle a toujours rêvée. Elle a toujours été très présente, de cette présence chaleureuse et lumineuse et très lointaine, hors d’atteinte, de cette distance évanescente qui identifie les êtres spirituels, en quête d’absolu, d’ailleurs et d’au-delà. Une forme de dimension innée et ajoutée.

Grâce à la révolution des moyens de communication, google nous restitue aujourd’hui son visage transparent et son regard translucide, avec des extraits magnifiques de certains de ses poèmes bouleversants, en français et en arabe. Elle a toujours existé dans le lien, l’espace continu des limites pacifiées, dans le détachement du don extrême et le renoncement de l’offrande poétique et quasi mystique. C’était un être d’élite, qui transmettait l’émotionnel purifié, sans revendication narcissique ou attente d’être payé de retour. Une souveraineté naturelle de l’être sur l’avoir.

Durant son passage rapide ici-bas, elle a appréhendé les événements et les êtres, en les intériorisant de manière féconde, les réfléchissant, leur restituant leur intégrité première. Sa vie a été une démarche libre et consentie, qu’elle a poursuivie de son vivant de manière parallèle, au double niveau de la matière et de l’esprit.

En partant furtivement, elle semble rejoindre cet idéal qu’elle a recherché et qu’elle retrouve sereinement, dans sa nouvelle vie.

Bahjat RIZK

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