Un parfum de la révolte du jasmin sur les lettres arabes

Edgar DAVIDIAN | 28/11/2012

ROMANS ET AUTRES PARUTIONS Printemps arabe aussi dans le monde de la république des lettres arabes. Même si le résultat est loin d’être clair… Voilà des ouvrages qui, traversant le champ miné de sociétés gangrenées et de systèmes sclérosés, n’ont pas froid à la plume. Ils témoignent avec caractère et véhemence du sens et du besoin de changement. Aussi bien politique que sociétal.

Trois écrivains d’horizons absolument différents (de l’Algérie à la Syrie, en passant par l’Irak), au verbe audacieux et original, regardent de près, presque à la loupe et au microscope, les derniers chambardements. Sur leurs pages, révélant incohérence et sang du monde arabe, la littérature est parfaitement un reflet de la vie.

En devanture des librairies, des romans, des essais, des Mémoires, de la poésie, pour parler de ce vent de changement qui hante les pays de sable et de soleil. Dans ces frontières régies par des gouvernements autoritaires et despotiques, un vrai parfum dans le sillage de la révolte du jasmin.

Bien entendu, malgré les brèches opérées, pas toujours dans une atmosphère où la liberté est facilement acquise. Voilà donc une littérature de dénonciation, de contestation, de réflexion, de volonté de sortir du silence, du passé. Volonté de dépassement, de métamorphose. En toute liberté et pour la liberté.  Lire la suite

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Mythes communautaires

mardi, novembre 6, 2012 – Par Bahjat RIZK

La voiture file à vive allure. Je reprends la route pour m’étourdir et sillonner pour la énième fois les mêmes contrées, comme si j’étais condamné à revenir éternellement sur mes pas. Cette sensation persistante, héritée du Liban, de faire du surplace, de piétiner, d’être bloqué dans l’espace et le temps… Comment reprendre le cours des choses, déboucher sur une issue positive, voir le bout de cet interminable tunnel? Après avoir pensé que j’avais mis de la distance entre la guerre et moi, voilà que la voiture piégée sur les lieux de mon enfance m’a ramené trente années en arrière. Pourtant une génération s’était écoulée mais le traumatisme répété se vit éternellement au présent. La mémoire collective est si difficile à construire quand, au sein d’un même pays, nous entretenons des mythes communautaires disparates, voire antinomiques. La bombe d’Achrafieh s’était dans un premier temps confondue avec le mythe béchirien d’il y a trente ans, avant de rejoindre à l’examen des faits le mythe haririen d’il y a sept ans. Deux présidents foudroyés dont on commémore chaque année les dates de naissance (début novembre) et de mort. Des lieux consacrés autour de la colline d’Achrafieh (défendue par l’un) et du centre-ville (reconstruit par l’autre) et un fidèle lieutenant Wissam el-Hassan, enterré sur le même mausolée. Pendant que le parti de Dieu continue à entretenir dans la banlieue son propre mythe, inspiré de l’histoire de sa communauté, et d’exalter ses propres martyrs. Et que d’autres communautés s’accaparent la montagne, les villes côtières et la plaine. Un mois presque après la visite historique du deuxième pape qui visitait le Liban dans une ferveur transcommunautaire, le paysage redevenait apocalyptique et s’étalait dans toute la presse internationale et sur les écrans des télévisions mondiales. Comment reconstruire un pays qui ne s’est pas défini et qui ne s’affirme que dans le déni de ses fractures intérieures? Finalement, les communautés sont toujours là, pour le meilleur et pour le pire. Elles structurent et déstabilisent ce pays tour à tour. Peut-on passer du communautaire au national, et par quel subterfuge, afin que les citoyens se perçoivent à égalité et de manière identique? Peut-on affirmer la différence et l’identité en même temps? Les religions nous structurent ici-bas et dans l’au-delà. À défaut de certitudes, nous nous rassurons en nous niant les uns les autres, comme si l’après vie était un espace restreint et réservé. Comment sortir de cette logique qui nous rapproche puis nous sélectionne de manière subjective? Nous nous accrochons à nos symboles car l’au-delà nous demeure résolument inaccessible. Nous nous préparons à une issue dont nous ignorons objectivement tout. Ne sachant pas, nous présumons, nous pressentons, nous projetons. Et nous nous heurtons à l’image inamovible de la mort qui garde intacts tous ses secrets. Ce sacrifice continu qui dure depuis bientôt quatre décennies et qui fait que tous nos morts sont toujours en quête de sépulture. Nous ne parvenons toujours pas à nous partager la terre parce que ce qui vient après nous demeure irrémédiablement inconnu. Comment une humanité en quête de pérennité et d’absolu peut-elle se contenter une fois pour toutes d’être relative et mortelle? Pouvons-nous pour une fois commémorer nos défunts ensemble, afin que si la vie nous sépare, le mystère sacré de la mort puisse nous rassembler?

Bahjat RIZK. Source : L’Orient Le Jour

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Monologues intérieurs ou nouveaux dialogues ?

Par Nicole HAMOUCHE | vendredi, novembre 9, 2012

Les conférenciers lors de la rencontre au Salon du livre. Photo Michel Sayegh

Les conférenciers lors de la rencontre au Salon du livre. Photo Michel Sayegh

Un nouveau courant littéraire francophone à la croisée de la philosophie, de la poésie et du roman, initié par Jad Hatem, témoigne de la vigueur de la pensée libanaise et de son exigence.

«J’entends ici vos cris. Et la cohérence, et la construction? Que penserais-tu de moi si tu lisais mon journal, te moquerais-tu ? Et puis qu’importe, l’émotion des autres les concerne et chacun suit sa propre gamme.» Dans Monologues intérieurs, Bahjat Rizk a choisi de suivre la sienne après celle d’Hérodote – il est l’auteur des Paramètres d’Hérodote – après avoir «regardé partout et tout le monde (et s’être) identifié à chacun». Il est revenu à cet élan premier comme le narrateur du livre, qui dit les avoir souvent freinés, perdus en cours de route. Il est revenu à l’intériorité, à l’émotion première, qu’il a bien voulu partager avec ceux qui le liront, et aussi avec ceux qui l’ont écouté au Salon du livre dans le cadre de la conférence «Nouveaux horizons de la littérature libanaise francophone.»

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Hommage à Marie Louise Hélou-Lahoud (poète libanaise 1948-2011)

27/01/2011, par Bahjat RIZK

Marie Louise Hélou est décédée hier, d’un arrêt de cœur, comme elle a vécu : discrètement, doucement, avec le sourire fin, ineffable, et le regard intense, profond qui regarde au loin. Elle a rejoint cette éternité parfaite dont elle a toujours rêvée. Elle a toujours été très présente, de cette présence chaleureuse et lumineuse et très lointaine, hors d’atteinte, de cette distance évanescente qui identifie les êtres spirituels, en quête d’absolu, d’ailleurs et d’au-delà. Une forme de dimension innée et ajoutée.

Grâce à la révolution des moyens de communication, google nous restitue aujourd’hui son visage transparent et son regard translucide, avec des extraits magnifiques de certains de ses poèmes bouleversants, en français et en arabe. Elle a toujours existé dans le lien, l’espace continu des limites pacifiées, dans le détachement du don extrême et le renoncement de l’offrande poétique et quasi mystique. C’était un être d’élite, qui transmettait l’émotionnel purifié, sans revendication narcissique ou attente d’être payé de retour. Une souveraineté naturelle de l’être sur l’avoir.

Durant son passage rapide ici-bas, elle a appréhendé les événements et les êtres, en les intériorisant de manière féconde, les réfléchissant, leur restituant leur intégrité première. Sa vie a été une démarche libre et consentie, qu’elle a poursuivie de son vivant de manière parallèle, au double niveau de la matière et de l’esprit.

En partant furtivement, elle semble rejoindre cet idéal qu’elle a recherché et qu’elle retrouve sereinement, dans sa nouvelle vie.

Bahjat RIZK

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Dix ans du prix Marcel Duchamp: la jeune création française à l’honneur

(AFP) – 23 déc. 2010

STRASBOURG — La création française du XXIe siècle est à l’honneur en Alsace, où se tient jusqu’au 13 février une exposition rassemblant quelque 150 oeuvres de 42 artistes nommés pour le prix Marcel-Duchamp, qui récompense depuis 2000 les plasticiens les plus novateurs de leur génération.

« De leur temps (3): 10 ans de création en France: le prix Marcel-Duchamp » est organisée simultanément au Musée d’art moderne et contemporain (MAMC) de Strasbourg et au Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Alsace, à l’initiative de l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (ADIAF).

Ce regroupement de près de 300 collectionneurs et amateurs d’art a créé il y a dix ans, en partenariat avec le Centre Georges-Pompidou, le prix Marcel-Duchamp, doté de 35.000 euros.

L’exposition permet de voir ou revoir les oeuvres d’artistes français ou travaillant en France dont beaucoup bénéficient aujourd’hui d’une reconnaissance internationale, en partie grâce au prix: vidéos de Dominique Gonzalez-Foerster, sculptures de Xavier Veilhan, installations et tableaux du suisse Thomas Hirschhorn…

Pour le président de l’ADIAF, Gilles Fuchs, l’intérêt de l’exposition est de « faire dialoguer entre elles des oeuvres » et de tisser des liens entre artistes d’une même génération. « Les artistes ne sont jamais seuls, ils sont une communauté », explique-t-il.

Le choix des commissaires d’exposition était très contraint, puisque toutes les pièces devaient être issues des collections des membres de l’ADIAF (à quelques exceptions près), et que chaque collectionneur qui possédait une oeuvre signée d’un artiste nommé au prix pouvait la montrer.

Ils se sont efforcés, avec plus ou moins de succès, de mettre en résonance les oeuvres, autour de lignes directrices thématiques ou formelles. L’exercice est particulièrement réussi au FRAC de Sélestat, où les requins en résine de Damien Deroubaix semblent s’être échappés de « L’Aquarium » en carton, aluminium et plastique de Thomas Hirschhorn, sous l’oeil glacé des mannequins photographiés par Valérie Belin et des masques funèbres et grotesques de Gilles Barbier.

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Les éditions Gallimard célèbrent leur centenaire en 2011

(AFP) – 03.01.2011

André Gide et Gaston Gallimard

André Gide et Gaston Gallimard

PARIS — La maison Gallimard, modeste « comptoir d’édition » fondé par Gaston Gallimard en 1911, et qui a fini par se confondre avec l’histoire de la littérature française, célèbre cette année son centenaire avec plusieurs ouvrages, expositions, lectures, spectacles et un film.

Sollicité par André Gide et Jean Schlumberger, Gaston Gallimard (1881-1975) prend donc il y a cent ans la gestion des Editions de la Nouvelle Revue Française, maison fondée dans le prolongement de la revue NRF, créée en 1908 par Gide et ses proches.

Héritier d’une histoire et d’un nom, c’est son petit-fils Antoine qui dirige depuis 1988 la mythique maison du 5, rue Sébastien-Bottin, l’une des plus petites rues de Paris, siège des éditions Gallimard depuis 1930.

Antoine Gallimard est aussi depuis juin dernier président du Syndicat national de l’édition (SNE).

Depuis plus de 20 ans, le PDG a conforté l’indépendance du groupe familial, célèbre pour ses auteurs prestigieux, ses découvertes et ses collections, de la Blanche à la Pléiade en passant par Folio, Verticales ou la Série Noire.

Tout au long de l’année, des livres (histoire, correspondances, albums, hommages à de grands auteurs) marqueront l’anniversaire ainsi que des expositions, dont la plus importante s?ouvrira en mars à la Bibliothèque nationale de France, des lectures et des spectacles à l’Odéon et au Vieux-Colombier. Un documentaire de William Karel, « Gallimard, le roi Lire », est aussi programmé le 21 mars sur Arte.

Le centenaire de l’éditeur sera également fêté dans de nombreux salons, en France et à l’étranger, chez des libraires, et même dans la station de métro Saint-Germain-des-Prés.

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Les poètes de la Méditerranée, fratrie et antagonisme

Par Edgar DAVIDIAN | 05/01/2011

Salah Stétié

Salah Stétié

Vient de paraître Des mots pieds dans l’eau. Sous l’ombrelle des rives de la Méditerranée, de l’Afrique aux Balkans, en passant par le monde arabe et l’Europe latine, la poésie a pris le pouvoir. Passion d’écrire et voix de la Mare nostrum est ce volumineux ouvrage, une anthologie moderne groupant « Les poètes de la Méditerranée ». Regard panoramique sur le mont du Parnasse au ciel commun. Une fratrie qui ne manque toutefois pas d’antagonisme…

Soleil, sable et eau aux camaïeux bleus pour la toile de Nicolas de Staël intitulée La plage d’Agrigente, en couverture de l’anthologie Les poètes de la Méditerranée* (éditions d’Eglal Errera, dans la collection Poésie/Gallimard Culturesfrance – 949 pages) et préfacée par Yves Bonnefoy. Avec ce paysage typiquement et essentiellement méditerranéen, le ton est déjà donné pour cet opus groupant plus d’une centaine de «mages» des temps modernes venus de vingt-quatre pays sollicités par le chant des sirènes de la Mare nostrum.
Monde sonore bruissant des vagues de la mer, habité par la fraîcheur des criques au parfum d’embrun, fragrance du romarin, du thym, de l’olivier et des pins pour ces mots chargés de lumière, d’une certaine douceur de vivre, mais aussi rongés par des conflits sanglants qui n’ont pas fini de se déteindre sur des frontières avoisinantes et voisines.
L’originalité de ce panorama richement panaché et coloré ce ne sont pas seulement sa valeur de témoignage, sa chaleur de rêve éthéré, ses aspirations de sensualité, de volupté, de paix et de sérénité, mais c’est aussi la multiplicité des langues initiales d’origine, avec pour bannière et fanion communs leur traduction en français.
De l’arabe au croate, en passant par l’italien, l’espagnol, le grec, le slovène, l’hébreu, le turc, l’albanais, les langues, telle une fourmillante tour de Babel touchée par la grâce de la traduction, deviennent un espace culturel partageable, perceptible, tangible. Un espace et une tribune ouverts à tous et pour tous.
Les mots deviennent des passeurs de culture, des témoins des drames des humains, une expression universelle pour la joie, le bonheur, l’espoir. Mais surtout des mots qui deviennent facteurs de compréhension. Et un exemple et mode de vie.
Une lecture-découverte à travers ces poèmes et ces rimes libres pour la plupart ; des poèmes et des rimes ébouriffés par le vent des montagnes et des coteaux, assombris et voilés par des forêts profondes et des bois clairsemés, illuminés par des arcs-en-ciel fugaces et secoués par les tempêtes de cette mer qu’Ulysse a sans doute traversée.
Pour le pays du Cèdre, figurant en bonne place, on note la présence, dans ces pages, de Salah Stétié, Ounsi el-Hage, Vénus Khoury-Ghatta, Abbas Beydoun et Issa Makhlouf. Choix bien limité, car bien sûr il y en a bien d’autres.
La meilleure façon d’aborder la présentation de cette anthologie, associant jugement, explication et critique, et, pour conclure, est de citer les propos d’Eglal Errera dans l’introduction: «Pour ces vingt-quatre pays, dont tous possèdent une façade, aussi étroite soit-elle, sur la Mare nostrum, cette anthologie donnera à lire et à entendre dix-sept langues telles qu’on les écrit ou qu’on les parle aujourd’hui. Cinq alphabets achèveront d’esquisser le paysage polyglotte de cette édition où le poème en langue originale figurera en regard de sa traduction française. Quatre générations de poètes vivants y seront présentes par cinq pages dévolues en moyenne à chacun, sans distinction d’âge ou de notoriété. Ce parti pris générationnel ne s’est pas toujours avéré possible, car la longévité des poètes et des habitants du bassin méditerranéen varie d’une région à l’autre. On vit plus vieux et, par conséquent, on écrit plus longtemps en Europe de l’Ouest que dans les Balkans ou dans certains pays arabes. Le choix éditorial, toujours réducteur, n’a donc pas impliqué les mêmes sacrifices ni engendré les mêmes frustrations selon les pays et les langues. L’absence de certains aînés reste parmi nos regrets les plus brûlants, tempérés toutefois par le plaisir vivifiant de donner audience à d’autres, moins lus et parfois même jamais jusqu’ici publiés en français.»
Pour laisser derrière soi une année écoulée et accueillir une année nouvelle, la poésie est une transition de choix. Voilà un livre de chevet, comme un amour parfait. On l’abandonne sans colère ni ressentiment et on le retrouve toujours avec plaisir et bonheur. Pour un voyage aux mots bordés de mer et de soleil, aux paysages toujours attachants, toujours renouvelés. Pour une musique à la fois proche et lointaine, mais toujours presque familière car d’essence commune.

* Ouvrage en vente à la librairie al-Bourj.

Source: L’Orient Le Jour
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Les passions dévoilées

Par Edgar DAVIDIAN | 03/01/2011

Vient de paraître « Athwab al-ouchk » (Les voiles de la passion) est le nouveau recueil de poèmes de Nada el-Hage. La poésie est dans la maison et dans la famille. La culture et la réflexion aussi. Nada el-Hage étant la fille d’Ounsi el-Hage, mentor et fin lettré du parnasse libanais, elle a eu en héritage l’amour de l’amour, l’amour des mots, l’amour des vers libres. Et l’amour d’une langue arabe au souffle soyeux et tendre comme un ciel d’hiver, comme une épée qu’on brandit au soleil des passions vives et durables.

Des passions dévoilées en toute pudeur au gré d’un verbe sans emphase, aux sonorités graves. Sans jamais perdre un ton souriant, toujours prêt à être dans l’axe de la légèreté du vent. Passion de liberté, passion de vivre, passion de croire en Dieu.
Athwab al-ouchk ( Les voiles de la passion)- éditions Arab Scientific Publishers, Inc. et Hiba el-Kawas International Inc. – 109 pages – est le septième recueil de poésies de Nada el-Hage aujourd’hui en devanture des librairies. Avec une préface de Mgr Georges Khoder et des illustrations abstraites colorées signées Adel Kodeih.
Plus d’une cinquantaine de poèmes, lyriques, mystiques, mais souvent concis, pour dire, une fois de plus, l’importance d’une traversée humaine, la force et la violence de toute beauté éphémère, la part de la providence divine, la mansuétude de Dieu, la part de la fragilité et de la vulnérabilité de toute créature humaine… Mais aussi sa capacité d’endurance, de révolte, de combat et de dépassement. L’homme en prise avec la vie et ses aléas, mais sous l’ombrelle du Créateur, tel est le credo de cette poésie aux murmures sentant en toute humilité et discrétion l’encens et les grains de buis des chapelets.
Poésie à la prosodie libre qui vient se lover et se ranger naturellement et en toute harmonie au bout des autres recueils publiés depuis 1988. Comme un chant qu’on reprend, comme une psalmodie qu’on n’a jamais fini de réciter, comme une lecture jamais interrompue, comme une prière ardente, comme un rêve médiumnique suspendu entre ciel et terre.
Depuis Salat fil rih (Prière dans le vent) jusqu’à Bikhiffatt kamar yahwa (Avec la légèreté d’une lune amoureuse) en passant par Anamel al-rouh (Les doigts de l’esprit), Kol haza el-hob (Tout cet amour-là) et Rahlat al-zol (La traversée de l’ombre), Nada el-Hage n’a fait que traquer une voix immémoriale, surgie de nulle part.
Une voix secrète qui lui dicte cette musique intérieure à travers des mots lumineux, luisants, translucides, phosphorescents, veloutés, aériens, chantants. Des mots légers et insaisissables comme du vent. 

Nada El Hage in Bahrain

Image via Wikipedia

Des mots qui, depuis toujours, rongent en toute parcimonie l’espace des pages blanches. Des mots qui appartiennent à la part invisible et immatérielle de l’être.
Et ce n’est guère hasard si les mots de Nada el-Hage ont fusionné dans les partitions, les modulations et les vocalises de la soprano Hiba al-Kawas. Voilà une complice qui a du flair pour faire de ces mots une substantielle source d’inspiration mélodique pour un chant aux pics aiguës comme une marche vers des espaces célestes. Car cette poésie est essentiellement « incantatoire », puisque, au départ, elle est elle-même l’expression d’un chant intérieur, une sorte de prière qu’on égrène dans ces moments de doute ou de pénombre du cœur ou de l’âme.
En une finesse faite de délicatesse, de sensibilité frémissante et de douce féminité, dans un verbe ciselé sans être précieux ou ampoulé, la femme poète poursuit ses interrogations les plus profondes, les plus secrètes, les plus universelles.
Usant de symboles, d’allégories, d’allitérations, d’ellipses, de formules simples et usuelles, transcendant le banal, touchant en toute précaution à toutes les sources de lumière divine, la femme poète noue un discours vibrant, faussement serein, sous l’ombrelle d’un fervent acte de foi en Dieu, avec l’univers, la création et tout ce pan de non-dit et d’invisible qui nous intrigue et nous fascine.
« Une seule parole suffit pour charrier un roc des tombeaux,
Une seule parole suffit pour que la source jaillisse,
Un seul regard pour décapiter la tête du prisonnier
Et que s’éparpillent les éclats des miroirs,
Un seul point suffit pour qu’on perde l’équilibre et que l’on s’envole
Quelle signification aux paroles
Quand s’étendent les ailes ? »
C’est ainsi que parle Nada el-Hage à soi et aux autres. Avec elle, les mots ont des ailes et une fraîcheur nouvelle.

Source: L’Orient Le Jour
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Gérard Khoury prix de « Doha capitale culturelle arabe 2010 »

03/01/2011

Gerard Khoury
Gerard Khoury

Distinction À l’occasion du choix de Doha comme capitale culturelle arabe pour l’année 2010, l’ambassade du Qatar à Paris a accompagné cet événement par une série de manifestations, culturelles évidemment, tout au long de l’année. 

Ces manifestations ont eu pour but, d’une part, de mettre en valeur le patrimoine culturel qatari et, de l’autre, de mener les relations franco-qataries vers une phase de coopération active sur le plan culturel afin de consolider les ponts jetés entre les mondes arabe et européen, et d’approfondir le dialogue des civilisations déjà engagé entre ces pays.
Le point d’orgue de ces manifestations a été l’hommage rendu à certains grands intellectuels arabes résidant en France en leur double qualité d’ambassadeurs de la culture et d’ambassadeurs de la culture française dans le monde arabe, ainsi qu’à leurs alter ego français qui se verront attribuer le prix « Doha capitale culturelle arabe », doté d’une prime de 10 000 euros.
Ainsi, une série de rencontres se sont déroulées à l’ambassade avec la participation de ces intellectuels arabes et français sous le thème « Le commun culturel entre le monde arabe et la France ». Thème qui fournira l’intitulé d’un ouvrage à paraître bientôt et qui reprendra l’ensemble des interventions et des discours prononcés durant ces rencontres.
Le comité de suivi et de coordination, propre à cette année, a été constitué sous la présidence de l’ambassadeur du Qatar en France, Mohammad Jahram al-Kuwari, avec la participation de l’ambassadeur de la Ligue arabe à Paris, M. Nassif Hitti, du poète Adonis et du président du Forum culturel libanais, Nabil Abou Chacra, tous membres du comité.
Gérard Khoury, penseur et écrivain libanais, a fait partie des personnes honorées. Il a choisi l’écrivaine et essayiste française, Danièle Sallenave, comme alter ego.
Lors de la cérémonie d’hommage, Gérard Khoury a expliqué le choix de son alter ego « tant pour l’admiration que je porte à l’œuvre de Sallenave que pour le courage de ses engagements. »
Dans le dialogue qui a suivi entre les deux écrivains, Khoury devait dire : « Comment ne pas être d’accord avec l’objectif de ce prix, celui du rapprochement des cultures ? Notre dialogue est nourri de nos histoires personnelles et riche de nos différences culturelles, et témoigne non seulement de la possibilité de se comprendre, mais aussi de dépasser les oppositions artificielles entre l’Europe et l’Orient arabe, entre les monothéismes dont nous avons appris à surmonter les fanatismes pour s’ouvrir à l’autre. Ce rapprochement et cette compréhension ne sont pourtant pas évidents. Il y a eu un chemin à faire et des obstacles à surmonter. La difficulté du rapport au différent, nous l’avons abordée dans nos échanges et discussions avec Danièle Sallenave, tant du point de vue des rapports masculin/féminin que des rapports à l’autre étranger qui, prennent suivant les époques des formes plus ou moins avouées de domination politique et sociale. La seule parade, en tant qu’intellectuels, dont nous avons disposé face aux hégémonies, c’est d’en démonter les rouages et d’en dénoncer les injustices pour favoriser la compréhension entre hommes et peuples, donc pour apprendre à connaître l’autre dans la complexité de son histoire et non en l’essentialisant. »
Dans sa réponse, Danièle Sallenave a également, à son tour, « salué comme elle le mérite, dans toute son ampleur et sa signification, une telle initiative ». « C’est en effet aujourd’hui une tâche essentielle que d’affirmer l’existence d’un dialogue interculturel, et en même temps se donner les moyens de le réaliser », a-t-elle souligné.
Ce type de dialogue est « une exigence du jour », comme Thomas Mann en découvrait l’urgence au siècle dernier lors des terribles affrontements intraeuropéens de la Première Guerre mondiale, mais il ne suffit pas que les États le décident ou que des politiques le mettent en place. Il faut aussi que la rencontre entre des artistes, des historiens, des poètes, des romanciers, lui fournissent la substance concrète sans laquelle il demeurerait un vœu pieux.
Que deux intellectuels appartenant à deux grands ordres de culture et de civilisation se partagent un grand prix, c’est l’occasion pour chacun de dire ce qu’il en est pour lui de la culture de l’autre et la manière dont il l’a rencontrée. Premier exemple de dialogue interculturel !
L’expérience de l’autre, de sa culture, de son histoire et de ses choix a été longuement évoquée au cours de ce dialogue riche sur plus d’un plan et qui sera consigné dans l’ouvrage à paraître.
Source: L’Orient Le Jour
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Le navire-librairie Logos Hope a accosté hier au port pour « promouvoir la connaissance »

Par Margaux BERGEY | 10/12/2010, L’Orient Le Jour
Le navire-librairie au port de Beyrouth.Le navire-librairie au port de Beyrouth.
Échanges Le Logos Hope a accosté au port de Beyrouth hier et restera à quai jusqu’au 24 décembre. Le bateau est ouvert à tous depuis ce matin, et des événements pour les enfants et la famille vont être organisés à bord.

Le grand ferry blanc Logos Hope, véritable librairie flottante ouverte au public, est à quai depuis hier. À son bord, 400 volontaires venant de 45 pays se tiennent prêts à accueillir les visiteurs curieux de découvrir cet espace flottant multiculturel. Le Logos Hope appartient à GBA Ships, une organisation non gouvernementale basée en Allemagne qui promeut la connaissance, les échanges culturels et « partage de l’espoir » avec les populations du monde entier, comme nous l’explique Ruben, volontaire français responsable de la communication à bord. « Connaissance, aide et espoir » sont les trois piliers de l’association.
Le navire reste à Beyrouth jusqu’au 24 décembre. Tout le monde peut monter à bord pour flâner dans la grande librairie. Un des buts de l’association est de promouvoir la connaissance : un large choix de livres est proposé, en anglais, en français et en arabe. On y trouve des dictionnaires, des livres de cuisine, des livres pour enfants, ou encore des ouvrages traitant de sciences, de philosophie et d’économie. Les prix sont modestes, afin que le plus grand nombre puisse en profiter. De plus, des maisons d’édition locales donnent des manuels scolaires qui sont ensuite redistribués dans des écoles, des bibliothèques ou des universités dans le besoin.
Des événements culturels et des spectacles sont organisés à bord, à destination des familles et des enfants. Le 19 décembre aura lieu le « Family Fun Day », de 15h30 à 20h30 : des activités ludiques, des jeux et des stands de maquillage seront proposés. Les enfants pourront visiter le bateau et voir la salle des machines et les cuisines. Et si vous souhaitez en savoir plus sur des pays comme la Corée, Singapour ou encore l’Afrique du Sud, vous aurez l’opportunité de discuter avec des volontaires du monde entier.
Le premier navire de l’association a été mis à flots il y a 48 ans. Depuis, à chaque escale, les volontaires partent à la rencontre des populations locales. À Beyrouth, des membres de l’équipage vont aller visiter des écoles afin de mieux connaître la culture libanaise et discuteront avec les élèves de leurs pays d’origine.
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