Un parfum de la révolte du jasmin sur les lettres arabes

Edgar DAVIDIAN | 28/11/2012

ROMANS ET AUTRES PARUTIONS Printemps arabe aussi dans le monde de la république des lettres arabes. Même si le résultat est loin d’être clair… Voilà des ouvrages qui, traversant le champ miné de sociétés gangrenées et de systèmes sclérosés, n’ont pas froid à la plume. Ils témoignent avec caractère et véhemence du sens et du besoin de changement. Aussi bien politique que sociétal.

Trois écrivains d’horizons absolument différents (de l’Algérie à la Syrie, en passant par l’Irak), au verbe audacieux et original, regardent de près, presque à la loupe et au microscope, les derniers chambardements. Sur leurs pages, révélant incohérence et sang du monde arabe, la littérature est parfaitement un reflet de la vie.

En devanture des librairies, des romans, des essais, des Mémoires, de la poésie, pour parler de ce vent de changement qui hante les pays de sable et de soleil. Dans ces frontières régies par des gouvernements autoritaires et despotiques, un vrai parfum dans le sillage de la révolte du jasmin.

Bien entendu, malgré les brèches opérées, pas toujours dans une atmosphère où la liberté est facilement acquise. Voilà donc une littérature de dénonciation, de contestation, de réflexion, de volonté de sortir du silence, du passé. Volonté de dépassement, de métamorphose. En toute liberté et pour la liberté. 

Samir Kacimi : la vie qui colle à la fiction ou la fiction qui colle à la vie ?

On commence par un roman. Un roman tout à fait symbolique du malaise du monde arabe. Celui de Samir Kacimi.

Al-Halim de Samir Kacimi (Le rêveur, 350 pages, éditions el-Ikhtilef – Arab Scientific Publishers Inc), dès sa couverture «dalienne», avec cet œuf d’où surgit le bras d’un homme, mêle la naissance aux distorsions du surréalisme… Un rêve fou incarné par l’écriture et l’inspiration romanesque.

Un roman dans le roman, comme ces poupée russes en gigogne. Cette œuvre est celle d’un auteur algérien déjà à son cinquième ouvrage et déjà pressenti pour plusieurs prix, dont notamment le prestigieux Arabic Book Prize.

Pour parler de la difficulté et la fatalité de vivre et affronter la liberté, l’auteur associe spiritualité et philosophie. Ce sont les pages d’un journal oscillant entre schizophrénie et folie de coller la réalité aux rêves. Écriture originale, dense et poétique, pour un livre touffu où le lecteur s’embrouille dans une pluralité de voix.

Entre l’être et le néant, Samir Kacimi, né en 1974 en Algérie et avocat, a sans nul doute le sens (et l’amour) des mots et la fièvre de l’imagination pour s’approprier la trouble (et troublante !) personnalité du docteur Kamal Razzouki. Un intellectuel menant un dur combat dans une déroutante boîte à rêves.

Mahmoud Jassem al-Najjar : miroirs et mirages en Irak

Une autre voix s’élève des rives de l’Euphrate pour parler du malaise de vivre et des turbulences sociales et politiques. La voix de Mahmoud Jassem al-Najjar qui, en un livre proche des Mémoires, aux confins du romanesque, revit l’exil et sa douleur, ressuscite le passé et tente de vivre le présent. À l’ombrelle d’un Irak éclaté, blessé, malmené. Qui a du mal à voir clair et se retrouver.

Laza al-Zakira (À l’ombre du souvenir, éditions al-Dar al-Arabia Lil Ouloum Nachiroun – Arab Scientific Publishers Inc – 248 pages) de Mahmoud Jassem al-Najjar est un livre qui, à travers portraits et personnages, tel un roman, jette la lumière sur la réalité irakienne, dans son violent vécu en mutation. De l’absence aux drames du quotidien, du renversement des données au chaos orchestré, l’auteur, à travers trois personnages et treize histoires, offre un spectacle saisissant et consternant entre miroirs et mirages d’un paysage rongé par l’incertitude, la violence et le désordre…

Nawras Yakan : par-delà les armes, la poésie aux abords des rives du Barada

D’un pays voisin d’où s’élève le bruit des armes vient brusquement le chant de la poésie. Poète syrien de 22 ans, né à Alep, Nawras Yakan, dans son dernier recueil Ayat Lam Yaktouboha Allah (Des versets que Dieu n’a pas écrits – 165 pages, al-Dar al-Arabia Lil Ouloum Nachiroun – Arab Scientific Publishers Inc), a le verbe houleux et tonitruant. Éminemment lyrique, comme la fougue de sa jeunesse.

Féru, entre autres, d’Ounsi el-Hajj et Youssef el-Khal, Nawras Yakan invoque en toute véhémence la liberté dans un ton particulièrement virulent, sans pour autant oublier la tendresse des étoiles, la douceur du ciel, les caresses du vent et la fascination des beautés vivantes.

Quarante-quatre poèmes libres, en rimes, métriques et musicalité, pour chanter l’amour, la patrie, la révolte, la peur et l’éloignement. Dans une langue arabe à la sonorité drue, aux intonations gutturales, qui ne craint pas d’approcher non plus, en toute intimité, la prose poétique. Entre exubérance de la jeunesse et mélancolie des jours teintés de deuil et de sang, le poème est ici un lamento sur la vie.

Les trois ouvrages sont en vente à la librairie al-Bourj.

Source : L’Orient Le Jour

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