Les passions dévoilées

Par Edgar DAVIDIAN | 03/01/2011

Vient de paraître « Athwab al-ouchk » (Les voiles de la passion) est le nouveau recueil de poèmes de Nada el-Hage. La poésie est dans la maison et dans la famille. La culture et la réflexion aussi. Nada el-Hage étant la fille d’Ounsi el-Hage, mentor et fin lettré du parnasse libanais, elle a eu en héritage l’amour de l’amour, l’amour des mots, l’amour des vers libres. Et l’amour d’une langue arabe au souffle soyeux et tendre comme un ciel d’hiver, comme une épée qu’on brandit au soleil des passions vives et durables.

Des passions dévoilées en toute pudeur au gré d’un verbe sans emphase, aux sonorités graves. Sans jamais perdre un ton souriant, toujours prêt à être dans l’axe de la légèreté du vent. Passion de liberté, passion de vivre, passion de croire en Dieu.
Athwab al-ouchk ( Les voiles de la passion)- éditions Arab Scientific Publishers, Inc. et Hiba el-Kawas International Inc. – 109 pages – est le septième recueil de poésies de Nada el-Hage aujourd’hui en devanture des librairies. Avec une préface de Mgr Georges Khoder et des illustrations abstraites colorées signées Adel Kodeih.
Plus d’une cinquantaine de poèmes, lyriques, mystiques, mais souvent concis, pour dire, une fois de plus, l’importance d’une traversée humaine, la force et la violence de toute beauté éphémère, la part de la providence divine, la mansuétude de Dieu, la part de la fragilité et de la vulnérabilité de toute créature humaine… Mais aussi sa capacité d’endurance, de révolte, de combat et de dépassement. L’homme en prise avec la vie et ses aléas, mais sous l’ombrelle du Créateur, tel est le credo de cette poésie aux murmures sentant en toute humilité et discrétion l’encens et les grains de buis des chapelets.
Poésie à la prosodie libre qui vient se lover et se ranger naturellement et en toute harmonie au bout des autres recueils publiés depuis 1988. Comme un chant qu’on reprend, comme une psalmodie qu’on n’a jamais fini de réciter, comme une lecture jamais interrompue, comme une prière ardente, comme un rêve médiumnique suspendu entre ciel et terre.
Depuis Salat fil rih (Prière dans le vent) jusqu’à Bikhiffatt kamar yahwa (Avec la légèreté d’une lune amoureuse) en passant par Anamel al-rouh (Les doigts de l’esprit), Kol haza el-hob (Tout cet amour-là) et Rahlat al-zol (La traversée de l’ombre), Nada el-Hage n’a fait que traquer une voix immémoriale, surgie de nulle part.
Une voix secrète qui lui dicte cette musique intérieure à travers des mots lumineux, luisants, translucides, phosphorescents, veloutés, aériens, chantants. Des mots légers et insaisissables comme du vent. 

Nada El Hage in Bahrain

Image via Wikipedia

Des mots qui, depuis toujours, rongent en toute parcimonie l’espace des pages blanches. Des mots qui appartiennent à la part invisible et immatérielle de l’être.
Et ce n’est guère hasard si les mots de Nada el-Hage ont fusionné dans les partitions, les modulations et les vocalises de la soprano Hiba al-Kawas. Voilà une complice qui a du flair pour faire de ces mots une substantielle source d’inspiration mélodique pour un chant aux pics aiguës comme une marche vers des espaces célestes. Car cette poésie est essentiellement « incantatoire », puisque, au départ, elle est elle-même l’expression d’un chant intérieur, une sorte de prière qu’on égrène dans ces moments de doute ou de pénombre du cœur ou de l’âme.
En une finesse faite de délicatesse, de sensibilité frémissante et de douce féminité, dans un verbe ciselé sans être précieux ou ampoulé, la femme poète poursuit ses interrogations les plus profondes, les plus secrètes, les plus universelles.
Usant de symboles, d’allégories, d’allitérations, d’ellipses, de formules simples et usuelles, transcendant le banal, touchant en toute précaution à toutes les sources de lumière divine, la femme poète noue un discours vibrant, faussement serein, sous l’ombrelle d’un fervent acte de foi en Dieu, avec l’univers, la création et tout ce pan de non-dit et d’invisible qui nous intrigue et nous fascine.
« Une seule parole suffit pour charrier un roc des tombeaux,
Une seule parole suffit pour que la source jaillisse,
Un seul regard pour décapiter la tête du prisonnier
Et que s’éparpillent les éclats des miroirs,
Un seul point suffit pour qu’on perde l’équilibre et que l’on s’envole
Quelle signification aux paroles
Quand s’étendent les ailes ? »
C’est ainsi que parle Nada el-Hage à soi et aux autres. Avec elle, les mots ont des ailes et une fraîcheur nouvelle.

Source: L’Orient Le Jour
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