Guerre, écriture et sexe…

Par Edgar DAVIDIAN | 30/11/2010 – L’Orient Le Jour
Vient de paraître Natacha Antonellou Achkar, artiste polyvalente, est danseuse, comédienne, scénariste. Et diplômée en philosophie. Avec son deuxième opus, Cellules 80 (édition A. Antoine, 220 pages), le théâtre libanais d’expression française a des couleurs brusquement pornographiques. Et ce, pour occulter les stigmates et les traumatismes de la guerre, surtout de ces lugubres «eighties». Ou peut-être fantasmer sur l’état d’écriture et de la création littéraire… Audace, provocation, défoulement ? Triolisme compatible et plausible !
En ce siècle laxiste, on a peine à choquer et l’on comprend la témérité de l’auteure de Corniche, Harley et frime à vouloir coûte que coûte forcer la dose de ce qui dérange ou casse les normes… En s’attaquant en toute impudence, de face et de front, au bas-ventre et à ses zones d’ombre pour parler, en termes crus, du malheur des bombes, des francs-tireurs, du droit de la propriété intellectuelle et de
l’incommunicabilité…
Une femme et un homme, deux quadra, gens de lettres, se parlent au téléphone (l’idée, depuis Jean Cocteau, n’est certainement pas très originale!) en conversation entrecoupée (fée électricité oblige!), tendue, agressive, délabrante,
eschatologique.
Une hystérie femelle et aigrie domine le texte truffé de propos verts et salaces. On se lâche verbalement entre deux causettes névrotiques et canailles en un film dramaturgique proche d’une «skin party» à deux, tout philosophant entre deux tirades «messaliniennes»!
Cela donne une atmosphère de «cellules» pour un huis clos empreint de folie et de phrases décousues, outrancièrement sexuées. Sans perdre la dimension humaine, par-delà les atrocités de la guerre et le déchaînement d’une libido frustrée et frénétique, fleurit, dans cette confrontation artificielle, une orchidée sur l’asphalte et le purin… Même ce petit souffle de pseudopoésie n’arrive ni à chasser ni à occulter tant d’oppressantes noirceurs dans une corrida où se déchirent deux êtres plutôt en mal d’identité. Cataracte de mots acides et violents, comme un long cri douloureux, pour une liberté-libération absolue.
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