David Foenkinos, de « La délicatesse » et beaucoup d’humour

Par Zéna ZALZAL | 08/11/2010
David Foenkinos : « J’aime avoir un rapport un peu ludique avec le lecteur. »          (Michel Sayegh)
David Foenkinos : « J’aime avoir un rapport un peu ludique avec le lecteur. »
Visiblement ravi d’être venu à la rencontre de ses fans libanais, David Foenkinos a fait son « show » au cours d’une rencontre, à l’Agora, animée par Georgia Makhlouf. Une démonstration, en direct, qu’humour, légèreté et littérature peuvent faire bon ménage.

Il a laissé tomber sa soupe et ses charentaises (eh oui! c’est, paraît-il, l’une des facettes de cet auteur trentenaire qui présente, en public, une vivacité délirante à la Beigbeder) pour venir passer trois jours à Beyrouth – «Au Palm Beach», lance-t-il à la ronde – à l’occasion de la tenue du Salon du livre.

Sans doute émoustillé par la perspective d’un séjour trépidant, David Foenkinos s’est amusé à jouer les trublions au micro de Georgia Makhlouf, qui s’est essoufflée à essayer de recentrer le débat sur La délicatesse (Gallimard), son avant-dernier roman.
Grand, très mince, les traits aigus derrière ses lunettes carrés, David Foenkinos a quelque chose de Beigbeder. En plus brun, plus jeune et plus frisé. Mais s’il cultive, comme son aîné, la répartie délirante et une attitude un peu déjantée, on perçoit, chez lui, beaucoup de tendresse, un regard d’une grande sensibilité. Une sorte de délicatesse. Cette délicatesse qui transparaît, tant dans les mots que dans le thème et la construction de son roman éponyme. L’histoire d’une reconstruction après un deuil. Le récit d’une renaissance amoureuse, narrée d’une plume exquise. Sensible et pleine de drôlerie tout à la fois. Un petit bijou d’écriture. Un livre «éloge de la délicatesse, de la douceur, ces notions un peu à contre-courant du monde extrêmement rapide, brutal, dans lequel on vit aujourd’hui», dit-il. Ce roman – que nous vous avions présenté, dans ces mêmes colonnes à sa sortie il y a un an – a valu à son jeune auteur un succès autant critique que public, ainsi que de nombreuses propositions d’adaptation sur grand écran.
Mais n’arrivant pas, dit Foenkinos, à se détacher de cette histoire, il a décidé d’en signer lui-même le scénario et de réaliser le film avec son frère. «Le tournage débute au printemps prochain. Là, je suis en plein repérages des lieux où vont évoluer mes personnages. Et ça me semble très bizarre. Marcus (son émouvant antihéros) était tellement improbable dans ma tête. Maintenant qu’il va être incarné sur grand écran, je me dis qu’il vit et que je l’ai peut-être croisé.»
Sensibilité et fantaisie, voilà donc l’univers de ce jeune écrivain qui a déjà, à son actif, une dizaine de romans. Certains aux titres accrocheurs, comme Le potentiel érotique de ma femme, l’un de ses premiers succès, ou Qui se souvient de David Foenkinos? D’autres, comme Nos séparations, plus axés sur «les sentiments», la grande affaire de la vie de ce romancier, dont l’écriture «évolue vers plus de gravité, de douceur et de mélancolie» sans se départir, pour autant, de son humour.
Le dernier, Lennon, tout juste sorti en France et qui vient d’arriver en librairies à Beyrouth, est une biographie écrite à la première personne du créateur des Beatles, icône incontestée de cet ex-guitariste de jazz qu’est Foenkinos. Lequel aurait renoncé à la musique parce que, dit-il avec autodérision, «tout à coup, je me suis rendu compte que j’étais incroyablement doué pour l’écriture et que le monde entier attendait mes histoires. Ou peut-être que j’ai réalisé que j’étais extrêmement médiocre en musique et qu’il était préférable d’arrêter. Je ne sais pas quelle est la bonne version».

Le sentiment permanent de la vieillesse
Décortiquant avec l’intervieweuse les rouages de son écriture romanesque, David Foenkinos a reconnu sa nette tendance au fétichisme. Celui des prénoms qui définissent ses héros: «Nathalie à la féminité calme, Marcus, le Suédois, forcément un peu dépressif, Mireille, Nadine ou Martine les cinquantenaires…». Mais aussi fétichisme lié à ses personnages même, comme ces deux Polonais qui, après avoir fait l’objet de son premier roman publié chez Gallimard, sont devenus la «mascotte» de l’écrivain et reviennent systématiquement dans tous ses livres. «Le plus dur ça a été de les insérer dans la vie de John Lennon», lance-t-il, rigolard.

Ensuite, il y a les digressions dans sa narration. Plutôt des insertions au fil des chapitres. Ici un dialogue extrait d’un film de Woody Allen, là une recette de Risotto aux asperges servi à ses héros dans un restaurant, quelques pages plus loin une citation littéraire ou encore la liste de «la discographie de John Lennon s’il n’était pas mort»!
«J’aime bien les livres généreux. Les romans où on apprend plein de choses. Et puis, surtout, j’aime m’amuser avec la forme, avoir un rapport un peu ludique avec le lecteur, même si le fond est grave et que mon rapport à la littérature – dans laquelle je mets beaucoup de travail et d’énergie – est très sérieux», dira ce jeune homme qui a décidément le goût du bonheur. Un attrait pour le rire, la légèreté, la «frénésie littéraire», «la sensualité et les femmes», qui lui vient, confiera-t-il, au détour d’une phrase anodine, «du sentiment permanent de la vieillesse et de l’éphémère de la vie», expérimenté très jeune au cours d’une grave maladie. Voilà peut-être la source du talent de David Foenkinos. Un des écrivains du Salon 2010 dont on se souviendra !
Source: L’Orient Le Jour
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