« Écriture journalistique, écriture romanesque : quelles différences ? »

Par Zéna ZALZAL | 06/11/2010
Une vue de la rencontre. De gauche à droite : Alexandre Najjar, Karen Boustani, Elsa Yazbeck Charabati, Roula Douglas et Belinda Ibrahim. (Michel Sayegh)
Une vue de la rencontre. De gauche à droite : Alexandre Najjar, Karen Boustani, Elsa Yazbeck Charabati, Roula Douglas et Belinda Ibrahim.
Le Salon en livres et en rencontres – « La différence entre littérature et journalisme, c’est que le journalisme est illisible et que la littérature n’est pas lue. » La formule choc est d’Oscar Wilde. Énoncée, fort à propos, par Elsa Yazbeck Charabati qui devait ouvrir le débat sur les différences entre ces deux genres d’écriture.
Dans la foulée des conférences et tables rondes du Salon du livre francophone, une table ronde au sujet accrocheur: «Écriture journalistique, écriture romanesque: quelles différences?»
Une question sur laquelle se sont penchés Roula Azar Douglas, Belinda Ibrahim et Karen Boustani, trois journalistes qui se sont frottées à l’exercice romanesque, ainsi qu’Alexandre Najjar, avocat et romancier prolifique, éditorialiste de L’Orient Littéraire, qui n’est plus à présenter.
Le thème de la discussion, animée par Elsa Yazbek Charabati, journaliste télé et présidente de l’AFEJ (Association DES francophone de journalisme), promettait d’offrir des perspectives intéressantes sur les différences de styles et d’univers entre les deux genres d’écriture. Au lieu de quoi, et même si de nombreux avis intéressants ont émaillé cette rencontre, celle-ci a porté bien plus sur les différences de statuts des romanciers et des journalistes que sur ce qui les sépare au niveau de la langue et de l’imaginaire. La participation de journalistes, par ailleurs véritablement romanciers, aurait, sans aucun doute, contribué à enrichir le débat de ce point de vue!
Toujours est-il que les intervenants ont tenté, suivant le schéma tracé par la modératrice, de creuser, dans un premier temps, les différences entre les écritures journalistiques et romanesques, avant d’essayer de trouver, dans une deuxième partie, des terrains d’entente entre elles.
Pour Belinda Ibrahim, anthropologue, journaliste, chef de projet de la publication Santé Beauté de L’Orient-Le Jour et auteure de Totem sans tabous (une compilation de portraits inspirés de ses billets d’humeur), dont elle vient de publier la Suite sans fin, la différence essentielle entre les deux genres se trouve « au niveau de la liberté, évidemment plus grande dans les écrits romanesques». Sauf que, pour cette passionnée d’écriture qui ne se prétend pas pour autant romancière, la liberté d’un journaliste, tout comme celle d’un auteur, réside avant tout dans le choix des mots. Dans leur force, leur teneur et non pas dans la longueur du texte.
Situant, pour sa part, les dissemblances des deux écritures au niveau du «rapport au temps», Alexandre Najjar a utilisé la métaphore sportive pour illustrer ses propos. «Les articles de presse sont écrits dans l’urgence, dans la brièveté, alors que l’écriture romanesque est beaucoup plus un travail de fond qui nécessite du souffle», a-t-il indiqué, poursuivant: «En d’autres termes, ce serait un peu comme courir le marathon ou les 100 mètres.» Il a également évoqué «la différence de regards». Celui du journaliste étant selon lui toujours engagé – sans doute parle-t-il en tant qu’éditorialiste et critique littéraire -, alors que le romancier n’est pas tenu de délivrer «un message ou une prise de position» dans ses livres.
Autre différence évoquée par Najjar, celle du «Moi, haïssable» dans un article de presse. Point sur lequel a renchéri Karen Boustani, poétesse, animatrice de la rubrique culturelle Kitab sur la MTV, chroniqueuse hebdomadaire dans le Balad francophone et auteure d’un premier roman.
Journaliste de formation, responsable du supplément Campus de L’OLJ, professeur à la faculté de communication de l’UL et auteure d’un premier roman en français, Chez nous c’était le silence, publié en 2008 et traduit en arabe en 2009, Roula Douglas a, pour sa part, mis en lumière certaines caractéristiques particulières de l’écriture journalistique. Cette dernière exigerait une approche, sinon objective, du moins neutre du sujet, basée sur le raisonnement scientifique (ou plutôt cartésien) pour la réfutation et la synthèse des informations. Ce qui n’est évidemment pas le cas du roman.
Évoquant l’apport de sa formation journalistique à son écriture romanesque, «la structure du texte, les images percutantes, le mots justes, la concision…», Roula Douglas qui fait, dit-elle, «en permanence, l’aller-retour entre ces deux formes d’écriture (elle s’est attaquée à son second roman), a soutenu qu’«elles s’enrichissent mutuellement».
Un rapprochement formulé différemment par Alexandre Najjar. Lequel, citant quelques grands reporters devenus des écrivains de renom, à l’instar de Hemingway, Camus, Albert Londres, a rappelé que ces derniers ont nourri leur inspiration littéraire de leurs reportages journalistiques.
Démontrant par là qu’il existe dans l’écriture journalistique des genres, tels que les grands reportages, les portraits, les billets d’humeur, plus proches de l’écriture romanesque que d’autres. Le reste est, bien entendu, affaire de style…
Advertisements
Cet article, publié dans Articles, Salon du livre francophone de Beyrouth, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s