Le bonheur d’écrire de Carmen Boustani

Par Edgar DAVIDIAN | 05/11/2010
Carmen Boustani.(Michel Sayegh)
Carmen Boustani.
Rencontre – De l’enseignement à l’université à la rédaction d’analytiques essais littéraires pour aboutir à l’écriture d’un premier roman, le filon peut n’être pas tout à fait évident. Carmen Boustani s’explique avec naturel et spontanéité pour ce récit : « La guerre m’a surprise à Beyrouth ».*
La frange balayant le front et dévorant les yeux, les bijoux en pierres vert jade assortis entre bracelet, pendentifs, collier et bague au majeur, Carmen Boustani regarde la couverture de son ouvrage La guerre m’a surprise à Beyrouth (éditions Karthala, 251 pages, reproduction d’une toile de Jean Khalifé intitulée Femmes sous les bombes) avec tendresse et quelque détachement.

«J’avoue n’avoir jamais pensé vouloir écrire un roman, confie-t-elle. La fiction est une chose qui m’est étrangère car je suis rompue à ma discipline de décortiquer les textes littéraires des autres. Écrire un essai ou faire de la critique littéraire est bien différent de la rédaction d’un roman… Pour un essai, on est maître de ce qu’on écrit tandis qu’un roman, c’est lui qui vous mène en barque… Écrire de la fiction, c’est écrire avec sa chair, en toute sensualité. Tout a commencé, je crois, lorsque Nicole Brossard m’a suggérée d’écrire car elle jugeait que j’avais de la sensibilité… L’idée a fait son chemin dans ma tête. Coincée à Beyrouth lors de la guerre de 2006, noyée sous les e-mails que je recevais de partout, j’ai alors eu une approche plus ludique avec mon ordinateur… Je prenais, au hasard du moment, un mot et je le faisais voyager dans mon imaginaire et au bout de mon stylo… La guerre a provoqué un déclic. Pour cette tension qui a besoin d’être déchargée, les mots, dans un jeu de consonnes et de voyelles, sont venus à la rescousse. Et j’ai compris que je vivais un moment de grâce. C’était la découverte du bonheur d’écrire…»
Écrire Beyrouth
en temps de guerre…

Petite pause devant un café qui s’est déjà refroidi. Pour reprendre le fil des idées, c’est toujours Beyrouth, son soleil, ses bruits, ses klaxons assourdissants, son chaos, ses conflits qui ramènent la discussion sur un ouvrage centré sur une capitale insaisissable, véritable cœur battant et artère vitale d’un pays aux multiples visages et contradictions…
«Si je devais paraphraser le titre de ce roman, enchaîne Carmen Boustani en souriant légèrement, ce serait « écrire Beyrouth en temps de guerre »… Il y a là la narratrice Yasmina (qui serait un peu moi) et quatre autres femmes, de diverses confessions: Fania, Lama, Salma, Raghida. Des amies qui parlent du changement de leur vie car une guerre déstabilise toujours… Pour se réaliser, elles se racontent, un peu comme Schéhérazade, des histoires… Roman certes féminin dans une écriture simple et spontanée, proche de l’oralité. Un roman qui pose beaucoup d’interrogations, mais il y a peu de réponses. Le lecteur a toutes les latitudes pour une interprétation personnelle… Je voulais transmettre un vécu de femmes durant trente-trois jours de guerre. Et surtout souligner l’impact d’une guerre éclair: dans quelle mesure a-t-elle été destructrice dans tout ce qu’on construit dans une vie?…»
Pour Carmen Boustani, férue de Colette, André Chédid et Marguerite Duras, auteure de plus de six essais, dont Oralité et gestualité: la différence homme/femme dans le roman francophone, la fiction prendra-t-elle le dessus maintenant que le goût de l’imaginaire est dans les touches et le clavier de l’ordinateur? Y a t-il en chantier un autre récit?
«Peut-être, dit-elle d’abord timidement. Je n’ai rien programmé.» Et d’ajouter brusquement, avec une malice enjouée: «Je ne veux pas laisser ce roman orphelin…»

* Carmen Boustani signera son ouvrage demain samedi 6 novembre, à 19h00, au stand de la librairie Le Point.
Source: L’Orient Le Jour
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