Ces livres qui font grandir

Par Colette KHALAF | 05/11/2010
Ferrier et Cuvellier entourant Michèle Standjovski.
Ferrier et Cuvellier entourant Michèle Standjovski.
Alexis Ferrier et Vincent Cuvellier se sont rencontrés à l’espace Agora pour parler de « ces livres qui nous font grandir ». Un thème débattu avec beaucoup d’humour, mais aussi de sérieux par Michèle Standjovski.
«Que de fois a-t-on vu dans des librairies les parents traîner leurs enfants loin des illustrés en les poussant sur un ton sévère à acheter plutôt des bouquins?» «Que de fois, poursuit Vincent Cuvellier, les grands nous ont demandés quand est-ce que vous allez faire de vrais livres?».
Portant tous deux différentes casquettes, puisque Vincent Cuvellier est non seulement auteur, mais éditeur notamment chez «Actes Sud», tandis qu’Alexis Ferrier est à la fois auteur, illustrateur, sculpteur, globe trotter – sans oublier qu’il est le fils de PEF, ajoutera Michèle Standjovski -, ces deux auteurs jeunesse vont, durant une heure, évoquer leurs premiers gribouillages et brouillons pour enfin parler de leurs méthodes d’écriture et, bien sûr, de leurs univers respectifs, «leur bulle», selon Ferrier.
Trajectoires différentes
Si l’auteur illustrateur est né, semble-t-il, avec un crayon à la main (ce qui lui fait dire dans son site – à visiter coûte que coûte – qu’il avait dès son enfance «bonne mine»), Vincent Cuvellier, lui, n’avait qu’une ambition, être un esprit libre. C’est ce qui lui a fait donc abandonner les études en classe de troisième et quitter certains emplois poussifs à l’âge adulte pour se consacrer uniquement à ce qu’il a toujours affectionné, l’écriture, et plus particulièrement l’écriture pour enfants.
Conventionnels ces deux-là? Jamais. Faut-il d’ailleurs être dans les règles de la pédagogie, de l’académisme et d’un certain mode d’emploi pour s’adresser à un lectorat jeune?
«Avant de se demander si ce sont des livres qui nous font grandir, il faut s’interroger si ces livres que nous écrivons seront lus», dira Cuvellier. Question à laquelle il répond aussitôt: «Je ne suis ni un pédagogue ni un sermonneur, mais un artiste et j’aimerais qu’on me critique sur cette base-là. Je ne suis pas là pour donner des leçons aux enfants, mais pour partager avec eux des émotions. C’est pourquoi lorsque j’écris et je réfléchis en équipe avec l’illustrateur et le directeur artistique sur la personnalité la plus adéquate à l’ouvrage, j’y vais par les moyens les plus simples et les plus accessibles.»
Ce à quoi Ferrier, ayant souvent travaillé pour l’environnement et pour les droits des enfants, ajoutera que «quel que soit le sujet, le contexte ou les conditions de la littérature jeunesse, on peut toujours faire passer des messages. Ainsi, poursuit-il, dans Géo et la planète noire, lorsque je parle d’un extraterrestre rose qui épouse un bleu pour donner naissance à un enfant violacé, je fais certainement allusion au métissage et j’appelle par conséquent en filigrane à stigmatiser le racisme. Je suis de l’avis de Vincent que nous ne sommes pas là pour donner des leçons ni même pour être intrusifs et prendre l’enfant en otage comme il l’a si bien dit. On a en effet la liberté de s’adresser aux jeunes comme bon nous semble.» Et d’ajouter: «Même si parfois l’enfant ne comprend pas très bien, ce n’est pas très grave. Il est ainsi arrivé à mon fils de prendre un livre à l’envers puis de redécouvrir tout seul la manière de lire. On ne doit surtout pas interdire à un enfant certaines lectures avec cette phrase si rabâchée: « ce n’est pas de ton âge ». Ce sont ces mêmes lectures qui, de prime abord, semblent interdites qui font grandir.»
Créer son univers
Dans son univers peuplé de petites bestioles, de grands monstres, de zombies et d’extraterrestres, l’illustrateur se sert du support fantastique pour entraîner l’enfant dans le monde réel. Même dans ses ateliers de sculpture et d’écriture, il l’invite à se familiariser avec le livre. Alexis Ferrier a la bougeotte. Durant toute l’intervention, il n’aura de cesse de sauter de sa chaise pour accrocher un dessin qu’il aura illustré sur place, rendant le débat plus animé.
Vincent Cuvellier, lui, avouera pour sa part qu’il n’a jamais un plan préalable pour écrire. «C’est à partir d’une phrase que je vais à l’aventure, à l’instar de cette Légendaire histoire des douze sœurs Flute.» Dans sa série baptisée T’étais qui, toi?, il brosse des portraits différents de personnages historiques comme celui de Charles de Gaulle ou même de Staline, en mettant l’accent sur leur enfance. «Il est important pour un enfant de connaître, même d’une façon ludique, le passé de l’humanité.» Ce qui fera dire à Michèle Standjovski que la lecture jeunesse ne devrait pas être toujours aussi lisse et, si elle est déstabilisante, elle aide à faire grandir l’enfant.
Les deux auteurs ont par la suite signé leurs ouvrages dans les bacs de la librairie al-Bourj.
Source: L’Orient Le Jour
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