Un livre électronique pour être à la page ?

Par Maya GHANDOUR HERT | 04/11/2010
Tania Hadjithomas Mehanna, Maya Zankoul, Paola Salwan, Jihad Bitar et la modératrice Élodie Morel. (Michel Sayegh)
Tania Hadjithomas Mehanna, Maya Zankoul, Paola Salwan, Jihad Bitar et la modératrice Élodie Morel. (Michel Sayegh)
Le Salon en livres et en rencontresDébats – « Le livre numérique va-t-il tuer le livre papier ? » Une question qui fait couler beaucoup d’encre actuellement, proposée à l’ordre du jour d’une table ronde au Salon du livre au BIEL.

Il va sans dire que la révolution numérique galopante connaît un succès foudroyant dans plusieurs secteurs (musique, films…). Côté livres, avec le développement des liseurs, Kindle, i-Pad et autres e-books, et avec la numérisation bien entamée des contenus de nos bibliothèques, les premiers frémissements commencent à se faire sentir. S’il connaît un nombre de plus en plus affirmé d’aficionados aux États-Unis et en Europe, le livre numérique est certainement à nos portes. Entre consommateurs hésitants et, il faut bien l’avouer, des connexions Internet à si bas débit qu’elles décourageraient le plus enthousiaste des rats de e-bibliothèques.
Si, pour certains, il représente le futur, le livre électronique reste pour d’autres un gadget onéreux et sans grand intérêt. Mais il n’en reste pas moins qu’il suscite une certaine crainte chez les professionnels du livre. Peur du changement ou menace réelle?

Tania Hadjithomas Mehanna, directrice des éditions Tamyras, Maya Zankoul, bloggeuse et auteure de deux albums, Amalgame I et II, Paola Salwan, bloggeuse et auteure de Café noir, café blanc et, enfin, Jihad Bitar, spécialiste dans l’observation des médias, se sont penchés sur cette question qui taraude l’industrie du livre. 

Dans son introduction, la modératrice Élodie Morel (rattachée au site d’information iLouban, organisateur du débat) a dressé un tableau assez optimiste de l’avancée numérique: «Aux États-Unis, les chiffres des ventes de e-books ont doublé par rapport à l’année précédente. Ils atteignent déjà 9% du total des ventes de livres aux States. Il y aurait actuellement 60000 titres de livres. Alors, sommes-nous prêts à lire un contenu numérique?»
L’éditrice Tania Hadjithomas s’est montrée très enthousiaste. Et s’est déclarée prête techniquement et moralement à suivre cette révolution. Qui va ouvrir à son secteur de nouveaux horizons.
Pour Maya Zankoul, la révolution est aussi inévitable que bienvenue.
Paola Salwan précise pour sa part que son ouvrage, qui a été également proposé sous format numérique, n’a été téléchargé que par un seul internaute, et il s’agit de Maya Zankoul. Quitte à jouer le rôle de «la rétrograde réactionnaire», elle se montre de l’avis de Fréderic Beigbeder qui écrivait récemment: «Tenir un livre dans la main, c’est comme avoir un écriteau « Ne pas déranger » devant soi. Le e-book contiendrait, lui, trop de distractions néfastes.»
Pour Jihad Bitar, les médias en ligne tiennent déjà la route. «Un bloggeur au Liban pourrait avoir 10000 visiteurs par jour. C’est plus que le ad-Diyar, en termes de distribution papier.»
Pour Bitar, le livre électronique permet de sélectionner, d’avoir une mise à jour moins onéreuse et moins encombrante que les gros livres en papier pour ceux qui doivent se procurer les nouvelles éditions annuelles.
Il reconnaît pourtant que la révolution technologique a encore des défis. La lecture d’un roman sur iPad s’avère, selon lui, gênante pour les yeux.
Est-ce que les auteurs sont-ils prêts, eux, à repenser leur manière d’écrire? D’étayer par un contenu multimédia, ajouter des liens hypertextes, par exemple?
Maya Zankoul estime que l’électronique est un défi très intéressant pour la grande gamme de nuances et de couleurs qu’il offre. Et puis, pour contrer l’argument «nostalgie du papier écorné», elle précise que certaines personnes sont aussi attachées à leurs gadgets électroniques que d’autres le sont au papier traditionnel.
Livre électronique et livre papier. Marchés indépendants ou complémentaires ?
Pour Hadjithomas, «il y a de la place pour tout le monde». L’éditrice est confiante que son secteur saura se montrer assez flexible et innovateur pour s’adapter aux exigences du marché et aux défis des nouvelles technologies.
«La version électronique va permettre d’atteindre un public plus large et de contrecarrer les censures», dit-elle. Bitar rappelle que la capacité de stockage et de l’archivage de l’électronique est immense. «Tous les livres qui sont sortis du droit d’auteur sont désormais disponibles sur Internet. Le lecteur pourra donc avoir accès à une offre plus vaste. Le numérique élargit les horizons et individualise la culture. Il offre également la possibilité à de nouveaux talents d’avoir une plate-forme inexistante jusque-là. Mais il permettra, et c’est là le danger, à n’importe qui de publier n’importe quoi. Quoi qu’il en soit, il est clair que personne ne peut arrêter une révolution en marche.»
Alors, qui aura le courage d’emmener son e-book (toute sa bibliothèque, en fait, imaginez!) à la plage? Dans quelques années, pourquoi pas tout le monde. Car les nouveaux e-lecteurs seront mieux équipés, plus rapides, plus légers, plus lisibles (avec l’encre électronique). L’histoire nous apprend en tout cas que le progrès ne peut pas être éternellement refoulé. Et puis, ce n’est pas parce que les automobiles ont été inventées à la fin du XIXe siècle que plus personne ne monte à cheval au XXIe siècle.
Source: L’Orient Le Jour
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