« Le lieu et le corps » de Nadine Abou Zaki

03/11/2010
Le nouveau livre de Nadine Abou Zaki vous servira de mode d’emploi dans ce nouveau monde. « Le lieu et le corps » (L’Harmattan) peut tout aussi être apprécié des « déconnectés », qui trouvent encore du plaisir à se promener sur le Philosophenweg à Heidelberg, sans autre lien avec le monde extérieur que le cœur et un petit bouquin en édition bilingue français-arabe dans la poche du manteau.*

«L’ère de la communication se traduit par une absence de communication de plus en plus évidente et à proportion même du développement des moyens de communication. Ce qui était censé garantir une meilleure communication remet en question non seulement la qualité de la communication, mais la possibilité de communiquer elle-même. Individualisme, matérialisme, échec des relations, dislocation de la famille et des liens sociaux, virtualité des rapports, solitude, dépression», écrit Abou Zaki, qui dédie son ouvrage à l’écrivain marocaine Fatema Mernissi. «Alors que l’époque actuelle aurait dû être caractérisée par davantage de dialogue, de justice, d’égalité, de liberté, un équilibre plus sain des rapports entre hommes et femmes, alors qu’elle aurait dû être l’époque de la mesure, elle est celle de la démesure.» «Elle est l’époque de la perte de tout repère et de toute limite, poursuit l’auteure. Ce qui aurait normalement dû apparaître comme une ouverture à autrui, grâce aux voyages et à l’ouverture virtuelle des frontières, se traduit concrètement par la fermeture de ces mêmes frontières.»

«Comment la conception du lieu a-t-elle changé? s’interroge-t-elle. Et comment la perte du lieu, d’une certaine idée du lieu, que nous appréhendons en tant que corps sensible et spirituel, annonce-t-elle la fin du voyage, de la communication et du désir?»
On doit à Nadine Abou Zaki plusieurs sculptures qui embaument la laideur urbanistique de Beyrouth (notamment Le Jardin du dialogue, rue de Damas et Le Voyageur, rue Hamra, face au ministère du Tourisme). Titulaire d’un doctorat en philosophie et d’une licence en sciences politiques, elle est l’auteure d’un essai paru en 2006, établissant un rapport entre le druzisme et le hindouisme (Introduction aux épîtres de la sagesse – L’ésotérisme druze à la lumière de la doctrine de Çankara, L’Harmattan).

«Ce texte a la valeur d’un témoignage, celui d’une jeune professionnelle de la communication, d’un haut niveau de responsabilité, qui tente un pas de recul critique sur son propre usage du monde qui est devenu le nôtre et sur le prix que nous risquons d’avoir à payer et le profit que nous en attendons», analyse pour L’Orient-Le Jour Pierre-Marie Hasse, philosophe ayant suivi Abou Zaki dans ses travaux de recherche.

«Entre « flesh » et « flash », entre le réel et sa déréalisation dans le virtuel, entre la chair et l’écran, il se pourrait bien que le pire ne soit pas d’avoir lâché la proie pour l’ombre, mais que ce ne soit qu’une ombre qui ait fini par faire de nous sa proie.»

Jad SEMAAN

* Nadine Abou Zaki signera son ouvrage samedi 6 novembre, à 18h00, au stand de la Librairie al-Borj.

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