Milton Hatoum, l’écrivain de la mixité des cultures latino-américaines

CULTURE

Par Zéna ZALZAL | 05/03/2010

 

RENCONTRE « Je n’adhère pas au mythe des cultures séparées, isolées. Je crois au contraire que les cultures sont entremêlées et communiquent entre elles », assure Milton Hatoum, écrivain brésilien d’origine libanaise, présent à Beyrouth dans le cadre des Rencontres d’écrivains ibéro-américains.

Ce rapprochement, cette mixité « harmonieuse » des cultures, Milton Hatoum, plus que tout autre, peut en témoigner. La sienne (de culture) est un riche mélange d’influences diverses, issues d’un écheveau familial singulier.

Né à Manaus, en Amazonie, dans une famille d’émigrés libanais, cet auteur brésilien de renom s’est nourri autant de cultures libanaise – terrestres plutôt, culinaire et traditionnelle ! – que brésilienne et française.

Et même si, à son grand regret, il ne parle pas l’arabe, Milton Hatoum voue à cette langue un attachement éminemment affectif. « C’est la langue de mon père », dit-il avec émotion. « Ma mère, elle aussi d’origine libanaise – de Batroun, précise-t-il -, parlait plutôt portugais avec nous. J’ai appris, par contre, de ma grand-mère maternelle le français. Langue que j’ai approfondie, à l’âge de douze ans, grâce à ma professeure d’école qui m’a fait découvrir les grands auteurs français. »

Flaubert, Balzac, Proust seront, pour ainsi dire, les parrains de sa vocation littéraire. «Tout autant que Les Mille et Une Nuits, William Faulkner, ou encore Machado de Assis, grand auteur brésilien du XIXe siècle », ajoute-t-il.

Un brassage de références classiques dans lesquelles l’auteur brésilien ne cache pas puiser certains éléments d’inspiration. « À l’instar du personnage de Félicité, la servante modèle dans Un cœur simple de Flaubert, que j’ai quasi retransposé dans mon roman Deux frères, pour avoir connu, à plus d’un siècle d’intervalle, un grand nombre de Félicité à Manaus. De même Les illusions perdues de Balzac a également influencé mon roman Cendres d’Amazonie. » Deux ouvrages fondateurs pour un auteur dont l’écriture est intrinsèquement liée à « (sa) vie, mais aussi à (sa) vie de lecteur ».
Le réalisme en littérature

À travers sa littérature, Milton Hatoum explore – dans un registre purement réaliste – « les drames familiaux, les conflits sociaux et, par extension, l’identité, la ville et le pays », dit-il, affirmant haut et fort son rejet du réalisme magique, longtemps marque de fabrique des écrivains latino-américains. « Pour moi, seul le réalisme compte en littérature », soutient-il.
Parce que la trame de ses romans se déroule souvent dans le cadre de sa ville d’origine, Manaus, encerclée par la forêt amazonienne, Hatoum a été un peu trop rapidement catalogué par la presse française d’« écrivain de l’Amazonie ». Ce dont il se défend. « Je parle de ma ville comme Proust parlait de Paris, comme Dostoïevski a parlé de Saint-Pétersbourg, comme Kafka parlait de l’Europe de l’Est. Ma seule étiquette, c’est que je suis un écrivain du continent latino-américain. »

 

Dans ses deux premiers romans, Récit d’un certain Orient et Deux frères (traduits aux éditions du Seuil et en arabe chez Dar al-Farabi), il aborde largement la culture des émigrés libanais et évoque aussi le sujet des mariages entre chrétiens et musulmans. Des thèmes qui, pour n’être pas propres à l’Amazonie, lui sont particulièrement personnels, lui-même issu d’un mariage mixte. « Mon père, aujourd’hui décédé, était chiite et ma mère est maronite. J’en ai hérité une grande tolérance. » Ainsi que d’une trentaine de cousins…au Liban, qu’il a rencontrés lors de son premier séjour à Beyrouth, en compagnie de son père, en 1992. « La ville était en ruine, elle n’était que désolation, je trouve qu’elle a changé positivement. Beyrouth est désormais une ville charismatique et vivante. » Et pourtant, c’est à celle de 1992 qu’il va consacrer une nouvelle…Au nom du père. « Je vais écrire le récit de la visite que j’y ai faite avec mon père », dit ce fils aimant, toujours heureux de fouler la terre de ses ancêtres.
De cette Rencontre d’écrivains ibéro-américains à Beyrouth, à laquelle il participe, il espère « le déclenchement d’une relation culturelle plus profonde entre le monde arabe et l’Amérique latine, et notamment l’accroissement de la traduction littéraire dans les deux sens ». Pense-t-il que les grands thèmes de la littérature ibéro-américaine peuvent rejoindre les centres d’intérêt du lecteur libanais ?

« En littérature, ce ne sont pas les thèmes qui comptent le plus. Ce sont le langage, le style, les images, l’organisation de la narration. Les thèmes sont les mêmes partout », conclut cet ardent défenseur du rapprochement des cultures.

Source: L’Orient Le Jour

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