Identité nationale et communautarisme en France et au Liban (I)

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29/12/2009

Le débat sur l’identité nationale française initié par le président Sarkozy, la sortie du livre de Bahjat Rizk sur Les paramètres d’Hérodote et la réémergence de l’éternelle polémique autour de la déconfessionnalisation du système politique libanais survenus à quelques jours d’intervalle m’ont conduit à réfléchir à nouveau sur ma propre identité, celle de la France et celle du Liban. Né dans une famille maronite francophone, j’ai poursuivi mes études secondaires et universitaires en France à la grande époque du général de Gaulle, entre 1959 et 1970, où je me suis fait, pour reprendre ses mots, « une certaine idée de la France ». Non croyant, je ne partage pas l’allégeance de beaucoup de Libanais à leur communauté religieuse au détriment de leur citoyenneté. M’exprimant mieux en français qu’en arabe et ayant acquis la nationalité française, je me sens autant français que libanais et ne vois aucune contradiction dans cette double appartenance. Mais je suis conscient que cela ne va pas de soi. Que beaucoup de gens à travers le monde sont tiraillés entre leur appartenance ethnique, linguistique religieuse et nationale, ou se sentent menacés dans leur identité culturelle. Comme le souligne Amin Maalouf, les identités peuvent en effet être « meurtrières ». Et la mondialisation avec l’intensification des flux migratoires, le recul des idéologies laïques ainsi que le retour en force de la religion dans le champ politique ont entraîné une recrudescence des conflits à caractère culturel et une crispation identitaire.
Rien d’étonnant dans ce contexte que le Liban comme la France, tout en n’ayant ni les mêmes traditions historiques, ni les mêmes structures socioculturelles, ni les mêmes institutions, soient, à des titres et à des degrés différents, confrontés à un problème d’identité. Si l’on se base sur les paramètres structurant l’identité collective, à savoir la langue, la religion, le sang et les mœurs, peu de pays sont en effet aussi dissemblables. Bien que partageant trois de ces paramètres : la langue qui constitue le plus important marqueur d’identité, les mœurs et l’ethnie (à l’exception des Arméniens, s’agissant de ce dernier critère), les Libanais n’ont jamais formé une nation et le Liban n’est dans les faits qu’une fédération à base non territoriale de communautés religieuses. De plus, celles-ci ont moins les mêmes mœurs et n’ont pas la même vision de la vocation du pays depuis que le Hezbollah a réussi à propager les valeurs fondamentalistes de la théocratie iranienne au sein de la communauté chiite et fait prévaloir les desseins géopolitiques de Téhéran sur les intérêts du pays.
La France par contre est un des deux plus anciens États nations au monde et sans doute le modèle le plus accomplis d’État unitaire. Mais alors que ce modèle avait permis d’assimiler aisément les premières vagues d’immigrants, principalement de souche européenne, elle doit faire face à un double défi. Celui de la construction européenne au sein de laquelle elle risque de se diluer et qui explique le rejet par les électeurs du projet initial de Constitution européenne ainsi que son opposition à l’adhésion de la Turquie musulmane à l’Union européenne. Et surtout celui d’une fragmentation communautaire posé par l’immigration africaine et maghrébine qu’elle éprouve de grandes difficultés à intégrer. Attisé entre autres par la crise des banlieues, la question du foulard islamique qui touche à la question sensible des mœurs et les matches de foot au cours desquels la Marseillaise a été sifflée par de jeunes Français issus de l’immigration algérienne, ce problème se pose avec de plus en plus d’acuité avec le dynamisme démographique de la population musulmane et africaine dont l’accroissement risque de dépasser un certain seuil de tolérance. D’où par exemple la prolifération sur la Toile de dénonciations virulentes ou caricaturales de l’intégrisme islamique et de « l’invasion musulmane » en Europe. Certes, la crise des banlieues a aussi des causes sociales, la majorité des citoyens français musulmans ou d’origine africaine ne demande qu’à s’intégrer et seule une faible minorité de Français de souche adhère aux thèses racistes du Front national. Mais on ne peut pas nier la réalité d’une problématique de l’assimilation et de l’identité, ce qui a incité Éric Besson, ministre de l’Immigration, puis le président français à prendre l’initiative de lancer un débat sur l’identité nationale.

Ibrahim TABET

Source: L’Orient Le Jour

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